ESMO 2017

Éditorial

L’ESMO a décidément acquis son statut de congrès majeur en oncologie. Il y a encore quelques années, on pouvait y voir une très belle FMC émaillée de redites en provenance de l’ASCO et de sessions éducationnelles. Aujourd’hui, grâce au travail patient d’un groupe d’oncologues leaders européens, prouvant une fois de plus que l’Europe peut construire une culture commune en dehors des injonctions et des directives, nous assistons à des présentations originales et, pour certaines d’entre elles, réellement « impactantes » sur nos pratiques futures.

Puisqu’il faut nous limiter ici à la sénologie, nous mentionnerons bien sûr l’étude MONARCH 3, présentée par Angelo Di Leo en session présidentielle. Si l’on aborde « numériquement » les résultats de cette étude qui testait l’abemaciclib, inhibiteur de CDK4/6 – mais en réalité très sélectif de CDK4, à la différence du palbociclib et du ribociclib -, chez des patientes hormono-sensibles ayant rechuté plus d’un an après la fin de leur traitement hormonal adjuvant, combiné au letrozole versus letrozole seul, on serait tenté de conclure que ce qui différencie MONARCH 3 de PALOMA 2 et MONALEESA 2, c’est le numéro de l’essai !

14,7 mois de médiane de PFS dans le bras contrôle, un Hasard Ratio de 0,58 en faveur de l’abemaciclib et, au bout du compte, sans doute une ASMR à l’avenant, faisons confiance à la commission de la transparence.

Or, tout de même, l’abemaciclib est le seul de sa classe à avoir montré une efficacité en monothérapie et son profil de toxicité est un peu différent des deux autres: moins de neutropénies, davantage de diarrhées nécessitant des ajustement de doses. Au diable donc la sélectivité anti-CDK 4 ? Peut-être pas. Peut-être que la très grande efficacité du létrozole dans cette population de patientes « gomme » en quelque sorte un apport supplémentaire de l’abemaciclib. Du reste, Di Leo a montré, dans une étude exploratoire, que le bénéfice de l’abemaciclib semble disparaître chez les patientes ayant rechuté au-delà de 36 mois post traitement adjuvant. Peut-être que si l’on s’intéressait à des populations de patientes en rechute précoce, des résultats plus convaincants pourraient être obtenus.

Comme souvent, nous repartirons de Madrid avec davantage de questions que de réponses… mais il ne s’agit pas d’une vaine quête à la Don Quichotte: les moulins de l’oncologie tournent dans le bon sens !

Gilles FREYER

Éditorial

Un, Dos, Tres…Troisième jour de congrès, avec une accélération notable, et des sessions qui se succèdent dès 8h, pour finir en beauté par une présidentielle et les très attendus résultats de l’essai Checkmate 214, évaluant la place de la combinaison nivolumab – ipilimumab versus sunitinib en première ligne du carcinome à cellules claires métastatique ou avancé.

Matinée prostate, avec l’attente de « pseudo-guidelines » dans le management du patient atteint de cancer de prostate, vus les changements récents, arrivée de l’abiratérone en situation hormonosensible métastatique en particulier. En cours de session éducationnelle, Dr Sher a repris les grandes lignes du PCWG3, soulignant l’importance du bénéfice clinique du patient, et du maintien d’un agent qui fonctionne. « Sachons rester des cliniciens et ne pas raisonner qu’en investigateurs».

Quel choix donc en situation métastatique hormonosensible, couplé à la déprivation androgénique: docétaxel ? Acétate d’abiratérone ? La confrontation des méta-analyses ne permettra réellement de conclure, avec un bénéfice en survie globale à 4 ans de 10 % avec la chimiothérapie (Vale, et al. Lancet Oncol 2016), et un bénéfice pour la survie globale à 3 ans de 13 % pour l’acétate d’abiratérone (Rydzewska et al. Eur J Cancer 2017). Comme le soulignait Pr Tombal, l’important réside dans le choix du bon traitement pour le bon patient, au bon moment. Mais surtout, l’objectif doit donc être de faire bénéficier les patients de l’ensemble des lignes de traitements approuvés. Malheureusement, pas de recette, ni d’ébauche de guidelines…

Doit-on anticiper l’introduction de l’acétate d’abiratérone en situation M0, combiné avec la radiothérapie et la déprivation androgénique pour une durée de 2 ans ? Certes les patients N+, de l’essai STAMPEDE rapportés par James, bénéficient de l’ajout de l’hormonothérapie, significativement en termes de survie sans rechute, et de survie sans métastases. Néanmoins, possiblement du fait du recul insuffisant, aucun bénéfice n’a été observé sur le plan de la survie globale. A suivre donc, mais pas encore un standard en l’absence de la confirmation de ces résultats dans le cadre d’autres études. L’après-midi a principalement résidé dans des actualisations de données d’essais déjà présentés, Checkmate 275, Keynote 045 (pembrolizumab versus chimiothérapie, 2nde ligne cancers urothéliaux), IMvigor 210 (phase 2 atezolizumab versus chimiothérapie, 2nde ligne carcinomes urothéliaux), CABOSUN, STRAC, IMmotion 150 (atezolizumab + bevacizumab versus atezolizumab, versus sunitinib, phase 2).

Puis, ce fût le retour par la grande porte en présidentielle, des antiangiogéniques dans les carcinomes urothéliaux, avec le ramucirumab, anticorps ciblant VEGF-R2, couplé au docétaxel. Nouveau standard en 2nde ligne ?

La température est montée toute fin d’après midi, tant à l’extérieur du centre, qu’à l’intérieur de la salle de présidentielle, avec l’entrée en scène du Pr Escudier et le défilement des diapositives de checkmate 214. Premier essai de phase III, dont l’efficacité du bras expérimental (nivolumab + ipilimumab) est venue ébranler la suprématie du sunitinib, invaincu jusqu’à présent sur le plan survie globale, avec 9 % de réponses complètes rapportées, et un gain en survie globale non atteinte, très significatif (0,63 (0,44–0,89), p < 0,0001). La combinaison doit-elle être réservée aux patients de groupe pronostic MSKCC intermédiaire et défavorable ? L’expression de PD-L1 en immunohistochimie avec un cut-off de moins de 1 % ou 1 % et plus, est-elle réellement un biomarqueur fiable prédictif, ou davantage pronostique ? Comme souvent la réponse impose de se poser de nouvelles questions. Ce qui fait une des richesses de l’oncologie. Marine GROSS-GOUPIL

Interview

CheckMate214, l’immunothérapie en première ligne métastatique

Bernard ESCUDIER

Interview

MONARCH-3 vers une modification des pratiques en matière de traitement anti-oestrogénique

Mario CAMPONE

Interview

RANGE :
des résultats en demi-teinte

Aude FLECHON

Interview

Cancer du sein triple négatif, recherche fructueuse d’une signature génomique

Thomas BACHELOT

Interview

KEYNOTE-045 : résultats matures et sous-groupes
IMvigor210 : résultats post-progression

Constance THIBAULT

Interview

Trastuzumab,
les biosimilaires tracent leur route

Jean-Philippe SPANO

L’œil de l’interne

Le Cabozantinib dans le traitement des cancers du rein métastatiques : de l’essai de phase III METEOR aux données de « vraie vie »

Devant le nombre de posters, cette année encore, une sélection s’est imposée. Nous nous sommes concentrés sur trois posters portant sur la place du cabozantinib dans le traitement des cancers du rein métastatiques (mRCC).

Le premier rapportait les résultats d’une étude ancillaire sur les marqueurs plasmatiques avant traitement (HGF, MET, Gas6, AXL, VEGF, VEGFR2, CA9 et IL-8) des patients inclus dans l’essai de phase III METEOR (1) comparant le cabozantinib à l’everolimus en deuxième ligne des mRCC après échappement à un TKI. Les auteurs ont montré un…

Waisse WAISSI

L’œil de l’interne

Bolero-4 : quel groupe de patients pourrait tirer le plus de bénéfice de l’adjonction de l’everolimus au letrozole en métastatique ?

Bolero-4 est une étude de phase 2 visant à tester en première ligne métastatique l’association everolimus + letrozole chez des patientes ménopausées atteintes d’un cancer du sein RH+, HER2-. Le critère de jugement principal était la survie sans progression (PFS) (Figure)…

Aurore VOZY

RÉDACTEURS EN CHEF

Pr Gilles FREYER
CHU de Lyon

Dr Marine GROSS-GOUPIL
CHU de Bordeaux

RÉDACTEURS

Aurore VOZY
Gustave-Roussy, Villejuif
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Waisse WAISSI
Centre Paul Strauss, Strasbourg